dimanche 8 mars 2020

Seigneur, purifie notre regard, avec le collyre de la foi et de l’adoration


2ème dimanche de carême


Chers amis,

Je lisais l’autre jour un article sur les « 7 fléaux qui frappent le monde en même temps » (il y était question évidemment du coronavirus mais aussi des invasions historiques et dévastatrices des sauterelles en Afrique, du feu puis des inondations en Australie, la résurgence de pandémies animales majeures etc). Ce qui est étonnant c’est que le site dont il était question n’avait rien de chrétien (ni d’ésotérico-apocalyptique !). Or comment ne pas penser, quand on entend parler de « 7 fléaux », au livre de l’Apocalypse, chapitre 15,6 ? « Au ciel s’ouvrit le Temple, la Tente du Témoignage, d’où sortirent les 7 Anges aux 7 fléaux… » pour châtier la terre entière et ses habitants dévoyés. Certes, si on reste scotché sur nos écrans ou à l’écoute continuelle de la radio pour guetter avec curiosité malsaine ou crainte les derniers morts, on risque fort de ne voir que… la mort précisément.
Est-ce que c’est ce que nous demande le Seigneur en ce temps béni du carême ? Ne veut-il pas plutôt nous inviter à une conversion du regard, une purification de l’œil de notre cœur ? « Puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. Tu t’imagines : me voilà riche, (…) je n’ai besoin de rien ; mais tu ne le vois donc pas : c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! Aussi suis donc mon conseil : achète chez moi (…) un collyre pour t’en oindre les yeux et recouvrer la vue. Ceux que j’aime je les semonce et les corrige » (Ap 3,16-19).
Et cette bienheureuse et salutaire purification de l’œil nous permettra peut-être de voir que si le ciel s’est ouvert pour laisser sortir les 7 Anges des 7 fléaux, il s’est déjà ouvert auparavant pour laisser apparaître la Reine des Anges, la Vierge, qui combat le dragon rouge : « Alors s’ouvrit le Temple de Dieu, dans la ciel, et son arche d’alliance apparut, dans la temple…. Un signe grandiose : Une Femme ! Le soleil l’enveloppe et la lune est sous ses pieds et 12 étoiles couronnent sa tête » (Ap 11,19-12,1).
Du même Temple de Dieu sortent donc la consolation, la libération ou les fléaux comme châtiment,  autrement dit les deux faces de la miséricorde de Dieu qui veut consoler et encourager les bons et ramener à la vie ceux qui font le mal et qui risquent la mort éternelle (car Dieu ne veut pas la mort de quiconque mais que « tous les hommes soient sauvés » 1 Tim 2,4). Le collyre dont nos yeux ont besoin c’est une guérison de notre perception : que nous ne soyons pas borgnes en ne voyant qu’un aspect de la réalité. Il nous faut entrer dans une juste connaissance de soi et reconnaître humblement notre nudité et notre pauvreté (nous sommes incapables de tout bien par nos seules forces et nous méritons certainement une juste admonition paternelle : « Allons ! Un peu d’ardeur, et repens-toi ! » Ap 3,19)) et en même temps, le salut est toujours proposé, tout ce qui arrive est en vue d’un bien supérieur sinon le Seigneur ne le permettrait pas : « Ne crains point, petit troupeau; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume » (Lc 12,32).
Souvenons-nous aussi des apparitions à Fatima et notamment celle du 13 juillet 1917 : Lucie raconte ce qu’ils ont vu : « nous avons vu sur le côté gauche de Notre Dame, un peu plus en hauteur, un Ange avec une épée de feu dans la main gauche ; elle scintillait et émettait des flammes qui, semblait-il, devaient incendier le monde; mais elles s’éteignaient au contact de la splendeur qui émanait de la main droite de Notre Dame en direction de lui ; l’Ange, indiquant la terre avec sa main droite, dit d’une voix forte : « Pénitence ! Pénitence! Pénitence ! » ». La Femme revêtue du soleil a une si grande puissance qu’elle peut éteindre les flammes de l’épée de feu de l’Ange… et donc aussi éteindre les fléaux confiés aux 7 Anges de l’Apocalypse…. Elle peut le faire mais elle a besoin de notre prière et de notre pénitence. Nous pourrions nous laisser aller à une sorte de fatalisme et de désespérance en nous laissant hypnotiser par le grand spectacle du mal, mais cela aussi est une ruse du démon pour nous paralyser dans le combat spirituel. Or non seulement nous ne sommes pas impuissants puisque la pénitence peut obtenir l’arrêt des fléaux mais en plus nous savons l’issue de ce combat spirituel : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! » a promis la Vierge. Les enfants de Fatima, habités par cette espérance, n’en aidaient pas moins la Vierge en redisant prosternés à terre les paroles suggérées par l’ange : « Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je Vous aime. Je Vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, n'adorent pas, n'espèrent pas et ne Vous aiment pas. »
Il me semble donc que la part qui nous est demandée, en ce temps du Carême, c’est de tourner notre regard vers le Seigneur précisément, de prendre du temps pour le regarder Lui plutôt que les nouvelles du monde et, dans ce regard sur Lui, nos yeux seront guéris de la cataracte de la peur et de l’incrédulité. L’exemple de Pierre rejoignant Jésus sur les eaux du lac déchainé est un enseignement pour nous : la tempête fait rage, les flots se soulèvent, le vent menace la barque et la vie des apôtres mais Pierre dit au Maître : « « Si c’est bien toi, ordonne-moi de venir à toi sur les eaux » « Viens », dit Jésus. Et Pierre, descendant de la barque, se mit à marcher sur les eaux et vint vers Jésus. Mais voyant le vent, il prit peur et, commençant à couler, il s’écria « Seigneur sauve-moi ! » Aussitôt Jésus tendit la main et le saisit, en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » »(Mt 14,28-31). Là aussi, Pierre est devenu borgne : au lieu de regarder le Seigneur, il a vu le vent, il n’a plus regardé que le mal et le danger et ainsi : « il prit peur et commença à couler ». Dès que nous devenons borgnes, dès que nous ne regardons plus le Seigneur (et cela suppose l’adoration, la méditation de sa Parole…), nous sommes pris par l’unique vision du mal et nous coulons… « Homme de peu de foi pourquoi as-tu douté ? » nous dit Jésus. Nous retrouvons la même problématique après la résurrection : les pèlerins d’Emmaüs n’ont vu que la mort de Jésus et ils restent dans leur détresse, le «visage sombre ». Alors Jésus, voilé à leurs yeux incrédules, les enseigne : « O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu’ont annoncé les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? ». Mais c’est seulement à la fraction du pain eucharistique que « leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent » (Lc 24,31) car alors, ayant lavé leurs yeux incrédules avec le collyre de la foi, ils virent la gloire du crucifié et, remplis de joie, ils retournèrent à Jérusalem annoncer la résurrection du Seigneur.

En ce temps béni du Carême, purifie notre regard, Seigneur, avec le collyre de la foi et de l’adoration, donne nous de vaincre l’opacité des évènements. Alors nous t’apercevrons qui nous fais signe et nous pourrons te suivre, fidèles disciples, partout où tu iras.
Que Dieu vous donne un saint et bon Carême pour accueillir avec joie et exultation le don de la Vie du Ressuscité !

Sr Isabelle



dimanche 29 décembre 2019

La réalité du monde invisible



"Il y a deux mondes, « le visible et l’invisible », selon l’expression du Credo – le monde que nous voyons, et le monde que nous ne voyons pas ; et le monde que nous ne voyons pas existe aussi réellement que le monde que nous pouvons voir. Le monde que nous voyons, nous savons qu’il existe parce que nous le voyons. Nous n’avons qu’à lever les yeux et regarder autour de nous pour en avoir la preuve ; nos yeux nous le disent […] Il n’en est pas moins vrai qu’en dépit de ce monde universel que nous voyons, il y a un autre monde qui s’étend en quelque sorte tout à fait au loin, qui nous est pour ainsi dire tout à fait fermé et qui est très extraordinaire ; un autre monde qui s’étend tout autour de nous, quoique nous ne le voyons pas, et qui est plus étonnant que le monde que nous voyons, pour cette raison, à défaut d’autre, qu’il échappe à nos regards […] Avant tout, il y a Celui qui est au-dessus de toutes choses, qui les a toutes crées, devant qui elles sont comme si elles n’étaient pas, et avec qui rien ne peut entrer en comparaison […] D’où il résulte que les choses que nous voyons ne sont qu’une partie, et une partie secondaire, des êtres qui sont autour de nous, ne serait-ce que pour la simple raison que le Dieu tout-puissant, l’Être des êtres, n’en fait pas partie, mais se trouve parmi les choses qu’on ne voit pas. 

Une fois, et une fois seulement pendant trente-trois ans, il a
bien voulu devenir l’un des êtres que nous voyons, lorsque Lui, qui était la seconde personne de la Toujours bénie Trinité, naquit, par une miséricorde qui n’a pas de nom, de la Vierge Marie, dans ce monde sensible. Alors on Le vit, on L’entendit, on Le toucha. Il mangea, Il but, Il dormit, Il conversa, alla et vint, et agit comme les autres hommes. Mais, à l’exception de cette courte période, sa présence n’a jamais été perceptible. Jamais Il ne nous a donné de preuves sensibles de son existence. Il vint, puis se retira derrière le voile, et, pour chacun de nous individuellement, il est comme s’Il ne s’était jamais montré. Nous avons une expérience aussi faible que possible de sa présence. Et pourtant Il vit éternellement. 

[…] Les hommes se croient les maîtres du monde et capables de faire ce qu’ils veulent. Ils considèrent que cette terre est leur propriété, et que tout ce qui s’y fait dépend d’eux, alors qu’il s’y trouve d’autres maîtres qu’eux, et qu’elle est le théâtre d’un conflit beaucoup plus tragique qu’ils ne sont capables de le concevoir. Elle renferme ces humbles créatures du Christ qu’ils méprisent et ces anges auxquels ils ne croient pas : et ceux-ci, finalement, en prendront possession et se manifesteront. Maintenant toutes choses, apparemment, continuent à être ce qu’elles étaient depuis le commencement de la création, et les railleurs demandent : où est donc la promesse de sa venue ? Mais, au temps fixé, il y aura une manifestation des enfants de Dieu, et les saints cachés brilleront comme des soleils dans le royaume de leur Père. Quand les anges apparurent aux bergers, leur apparition fut soudaine. Soudain, dit le texte, apparut avec l’ange une multitude d’esprits célestes. L’étrange vision en vérité ! Jusqu’à ce moment pourtant la nuit où cela se passa n’avait pas différé d’une autre nuit ; les bergers gardaient leurs troupeaux ; ils attendaient que la nuit fut passée ; les étoiles scintillaient – c’était minuit. Ils n’avaient aucune idée d’un tel prodige, quand les anges se montrèrent. Tant il y a de puissance et de vertu cachées dans les choses qu’on ne voit pas et qui se manifesteront quand Dieu le voudra … Elles se manifesteront définitivement quand le Christ reviendra au dernier jour dans la gloire de son Père avec ses saints anges. Alors ce monde disparaîtra, et l’autre resplendira. 

[…] Aussi disons-nous chaque jour « que votre règne arrive », ce qui veut dire : ô Seigneur, montrez-vous, manifestez-vous, vous qui êtes assis au milieu des chérubins, montrez-vous ; déployez votre force et venez nous aider. La terre que nous voyons ne nous satisfait pas ; ce n’est qu’un commencement ; ce n’est qu’une promesse d’un au-delà ; même dans sa plus grande joie, quand elle se couvre de toutes ses fleurs et qu’elle montre tous ses trésors cachés de la manière la plus attirante, même cela ne nous suffit pas. Nous savons qu’il y a en elle beaucoup plus de choses que nous n’en voyons. Un monde de saints et d’anges, un monde glorieux, le palais de Dieu, la montagne du Seigneur des armées, la Jérusalem céleste, le trône de Dieu et du Christ, toutes ces merveilles, éternelles, toutes précieuses, mystérieuses et incompréhensibles, se cachent derrière ce que nous voyons. Ce que nous voyons n’est que l’écorce extérieure d’un royaume éternel ; et c’est sur ce royaume que nous fixons les yeux de notre foi. Montrez-vous, ô Seigneur, comme au temps de votre nativité, où les anges visitèrent les bergers ; que votre gloire s’épanouisse comme les fleurs et le feuillage sur les arbres ; changez par votre toute-puissance ce monde visible en cet autre monde plus divin que nous ne voyons pas encore ; détruisez ce que nous voyons afin qu’il passe et se transforme en ce que nous croyons. Si brillant que soit le soleil,et le ciel, et les nuages, si verdoyants que soient les feuilles et les champs, si doux que soit le chant des oiseaux, nous savons que tout n’est pas là, et nous ne prendrons pas la partie pour le tout. Ces choses procèdent d’un centre d’amour et de bonté qui est Dieu lui-même ; mais elles ne sont pas sa plénitude. Elles parlent du ciel, mais elles ne sont pas le ciel ; elles ne sont, en quelque sorte, que des rayons égarés et une faible réflexion de son image ; elles ne sont que des miettes de la table. Nous attendons la venue du jour de Dieu où tout le monde extérieur, si brillant qu’il soit, périra ; où les cieux s’embraseront, où la terre se dissoudra. Nous pourrons en supporter la perte, car nous savons que ce ne sera que la suppression d’un voile. Nous savons qu’écarter le monde visible sera manifester le monde invisible. Nous savons que ce que nous voyons est comme un écran qui nos cache Dieu et le Christ et ses saints et ses anges. Et nous prions ardemment pour la dissolution de tout ce que nous voyons, parce que nous languissons après ce que nous ne voyons pas.

 JOHN HENRY NEWMAN (1801-1890)
The invisible World. Parochial and plain sermons, vol. IV, sermon 1. Trad. Henri Brémond.

dimanche 6 octobre 2019

Marie, modèle de l'évangélisation


Magnificat !

Chers amis,
 
En cette année 2019, nous cheminons avec notre diocèse, à la suite de notre Saint Patron Etienne, sur la route de la mission, de l’annonce de Jésus Christ, manifestation de la tendresse du Père pour tous les hommes. Certes, nous pouvons prier ardemment pour que nous annoncions Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie comme Saint Etienne, en étant « remplis de grâce et de puissance (et en) opérant de grands prodiges et des signes parmi le peuple » (Actes 6,8) ! Dieu peut susciter encore aujourd’hui des ʺSaint Etienneʺ et des ʺSaint Paulʺ ! 

Cependant si cela nous semble hors de portée (et de fait ce n’est pas nous qui pouvons nous envoyer nous-mêmes pour une telle mission, c’est l’Esprit Saint qui le fera) il nous reste à contempler, comme premier modèle de l’évangélisation, Marie. En effet, avant d’annoncer la Parole il faut la recevoir dans un cœur qui écoute et Marie est le modèle du cœur qui écoute, elle s’est faite toute enseignable afin d’apprendre tout du Verbe fait chair en elle, elle s’est mise à l’école de son Cœur aimant, de sa Sagesse éternelle pétrie d’humilité et de fidélité au Père, elle a fait sienne ses sentiments de pasteur bouleversé par l’égarement et la perte des brebis esseulées. Elle s’est laissée transformer par Celui qu’elle aimait plus que tout jusqu’à devenir sa ressemblance, en même temps que son temple. Sans cette union au Bien-Aimé qu’aurait-elle pu annoncer ? C’est à l’intime du cœur que naît l’élan de l’évangélisation et, avant d’être parole, il est habitation. Marie, par son Fiat, a laissé Jésus faire sa demeure en elle de telle sorte qu’elle n’annonce jamais que lui ; Elle est ce silence qui porte la Parole, cette transparence qui laisse voir Celui qui est plus grand qu’elle et qui veut rayonner à travers elle. Et ainsi nous apprenons de Marie que la mission est d’abord affaire d’intériorité, transformation de soi par et en Dieu, manifestation du trésor intérieur qu’on porte comme en de pauvres vases d’argiles pour le donner humblement au monde. 

Certes l’évangélisation est parole aussi, mais cette parole ne portera du fruit que dans l’enracinement du recueillement et de la prière. Marie a parlé, lors de sa visite chez Élisabeth, et sa parole s’est faite chant et louange car ce qui sort de la bouche est ce qui déborde du cœur. Et le cœur de Marie débordait d’une telle gratitude, d’un tel émerveillement qu’elle n’a pu que proclamer les merveilles du Seigneur qui « se souvient de sa miséricorde, élève les humbles, comble les affamés » (Magnificat) et visite son peuple pour le sauver de ses égarements. Sa parole est prière, louange, exaltation du Dieu Très-Haut, annonce des hauts faits de Dieu ; Sa parole est évangélisation dans la puissance de l’Esprit d’amour qui la porte et la comble de joie surnaturelle. Car n’est-ce pas la joie que nous avons à annoncer ? Jésus n’est-il pas la joie pure, celle que personne ne pourra nous ravir au milieu de « cette vallée de larmes » ?! Celle qui nous rend rayonnant de sa Lumière ? Car Jésus n’est pas seulement « la Voie, la vérité et la Vie », il est « la lumière du monde ». Marie portait la Parole, Marie portait la Lumière et elle en était toute rayonnante. Fécondité immense du Oui de Marie qui engendre Dieu en ce monde et qui le donne à voir ! Et en cela Marie est l’étoile de la Nouvelle Evangélisation, celle qui montre à l’Eglise et à chacun de nous la route de l’annonce joyeuse du Christ Sauveur. Cette annonce trouve sa source en un accueil (celui de la grâce, celui du Verbe incarné…) et sa modalité d’expression en un rayonnement : Marie aurait pu dire avec Sainte Elisabeth de la Trinité :
« 
Ô mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre cœur; je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer...jusqu'à en mourir! Mais je sens mon impuissance et je Vous demande de me revêtir de Vous-même, d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre Âme; de me submerger, de m'envahir, de Vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre Vie. »

Je ne résiste pas à la joie de vous partager cette autre prière admirable d’un grand amant du Christ, qui, par sa science de Dieu et son amour des âmes, a porté tant de beaux fruits dans l’Eglise : le Cardinal Newman. Lui aussi percevait combien le plus important était ce rayonnement de la lumière et de la charité du Christ en lui et à travers lui, car il ne voulait rien donner de lui aux âmes mais tout de Dieu, comme tous les saints. Devenir ce plus petit qui porte le plus grand, devenir cette transparence qui donne à voir l’invisible du monde surnaturel, devenir ce tabernacle saint où les hommes puissent venir puiser la manne céleste, la présence même du Dieu vivant demeurant dans le cœur d’un homme. C’est là notre vocation à tous…. Laissons les mots du Cardinal Newman nous façonner à l’intime du cœur :
« 
O mon Dieu (…) c’est toi que je veux (…) Brille sur moi O Feu toujours ardent et jamais déficient et je commencerai, à travers et dans ta Lumière, à voir la Lumière, et à te reconnaître véritablement comme la Source de la Lumière (…). Demeure avec moi, et je commencerai alors à briller comme toi tu brilles : à briller de manière à être une lumière pour les autres. La lumière, O Jésus, émanera entièrement de toi. Nul rayon, nul mérite ne sera mien. C’est toi qui rayonneras, à travers moi, sur les autres. Oh laisse-moi te louer ainsi, de la manière que tu préfères, en rayonnant sur tous ceux qui m’entourent. Illumine-les en même temps que moi ; illumine-les avec moi, à travers moi. Apprends-moi à montrer aux autres ta louange, ta vérité, ta volonté. Fais que je prêche sans prêcher, non en paroles, mais par l’exemple et par la force contagieuse, par l’influence sympathique de mes actes, par ma ressemblance visible à tes saints, et par la plénitude évidente de l’amour que te porte mon cœur ». 
Amen ? Amen !!! 

 Sr Isabelle de la Mère de Dieu

mercredi 22 août 2018

Août: le mois de la lumière et de la gloire.


Magnificat !
Le 22 août 2018, fête de Marie Reine

Chers amis,
Le mois d’août est le mois de la lumière et de la gloire : du mystère de la Transfiguration du Seigneur, le 6 août, à l’Assomption de Marie dans la gloire du Ciel, le 15, jusqu’à son couronnement le 22, nous baignons dans une atmosphère céleste et toute divine … et cela nous fait du bien ! Nous avons en effet besoin de nous immerger dans cette lumière pour ne pas être pris de nausée devant tant d’évènements du monde, tant de difficultés qui portent la marque des ténèbres. Cette trouée lumineuse du mois d’août est comme une anticipation de notre avenir surnaturel et il est bon de s’y ouvrir dès maintenant, d’en avoir soif, de désirer cette gloire qui est l’atmosphère la plus propice pour notre âme, l’oxygène de notre vie spirituelle. Et plus nous nous y ouvrirons par la prière désirante, l’adoration, la rumination amoureuse de la Parole de Dieu, la contemplation des icônes qui rendent visibles le Royaume de Lumière, plus alors nous permettrons au Ciel de descendre sur la terre, d’habiter nos cœurs, de les transfigurer et de rendre Dieu présent dans ce monde.

 Bernard Frinking, théologien orthodoxe évoquant la Transfiguration disait :
« Nous sommes, dans ce monde, de plus en plus envahis par les ténèbres, par l’angoisse de la mort. Les jeunes, les enfants, sont de plus en plus angoissés de ce que contient le monde, de toutes les menaces qui pèsent de plus en plus sur leur avenir. Les enfants connaissent la misère du monde par tous les pores de leur être.
Ce n’est pas cela que nous devons montrer, mais la Lumière, des êtres transfigurés, la paix et l’harmonie du Royaume. Il est important qu’ils puissent voir que la Lumière existe, qu’il y a des êtres qui en vivent et témoignent de la joie du pardon, de la miséricorde, du Salut, de la Transfiguration. (…) La Lumière est une réalité pour ceux qui en vivent, elle chasse toutes les ténèbres. Il faut apporter la Lumière aux enfants, aux vieillards, à tous les hommes.

Rappelons à tous le Royaume de Lumière !
 Il n’est pas besoin d’apporter aux hommes le désarroi. Ils sont très au courant. Répéter les misères du monde, le monde s’en charge lui-même. Le démon ne cesse de nous répéter : ʺ vous êtes foutus, vous êtes tous perdus ! Il n’y a pas de Dieu, vous l’avez fabriqué vous-mêmes…. ʺ.
 Nous devons affirmer la Lumière, l’existence du Dieu qui nous aime avec tendresse, la réalité de la Transfiguration.
Nous avons à crier tous les jours :
Christ est ressuscité ! A ne pas nous laisser berner par ceux qui nous disent le contraire. A crier face au monde : Christ est ressuscité, par sa mort, il a vaincu la mort ! A ceux qui sont dans les tombeaux, il a donné la Vie ! »

On dit bien que NOUS DEVENONS CE QUE NOUS CONTEMPLONS. Sans doute devrions-nous nous rappeler plus souvent cet adage. Combien d’heures à regarder par la télévision ou internet les tristesses du monde, les turpitudes des uns et des autres… ? Et combien d’heures à se laisse fasciner par la beauté du Christ, la douceur du visage de notre Mère Marie ? Nous devenons ce que nous contemplons : Si nous voulons devenir Lumière, il nous faut nous tourner vers Celui qui a dit : « je suis la Lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie » (Jn 8,12). Mais peut-être l’éclat de ses yeux est-il trop fort pour nous ? Alors passons par la contemplation plus douce -car plus proportionnée à la faiblesse de notre âme- de sa très douce Mère, notre Maman du Ciel. On compare souvent la Vierge Marie à la lune : la lune n’éclaire pas par elle-même mais elle reçoit la lumière du soleil qu’elle reflète ensuite sur la terre. Marie « belle comme la lune » (Ct 6,10) reflète sur nous l’éclat de la Lumière du « Soleil de justice » (Ml 4,2), le Christ, et alors nous pouvons dire avec le psalmiste :
 « J'avais dit : « Les ténèbres m'écrasent ! » mais la nuit devient lumière autour de moi.
Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière !
 » (Ps 138 11-12)

Marie nous a été donnée pour nous habituer à contempler les clartés du Ciel, à nous laisser enivrer par les parfums du Paradis, à nous enfanter à la vie divine. C’est pourquoi la fête de l’Assomption et celle de sa royauté nous donnent d’exulter car, « Marie élevée dans la gloire du ciel brille comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le peuple de Dieu en pèlerinage » (Concile Vatican II, LG 68). C’est une espérance pour l’être humain dans sa totalité. La chair aussi est sauvée. Elle sera délivrée des pesanteurs de la matière terrestre et transfigurée à l’image du Christ en participant à la gloire de Dieu. Cette espérance est digne de foi, parce que Jésus- Christ a été ressuscité des morts. Il est le principe et le fondement de notre espérance. En Marie, nous voyons clairement comment cette espérance se réalisera pour chacun d’entre nous, en amenant à sa perfection l’être humain tout entier. 

La transfiguration n’est donc pas seulement un mystère du Christ mais notre avenir,  et Marie qui elle-même s’est laissée toute illuminer par son Fils jusqu’à pouvoir dire à la suite de St Paul « ce n’est plus moi qui vit c’est le Christ qui vit en moi » nous entraine dans son sillage, dans cette transformation secrète de notre être ; elle nous enfante à la vraie vie en Dieu pour autant que nous ne la perdions pas de vue ! Car la contempler c’est lui ressembler, c’est laisser sa sainte image s’imprimer en nos cœurs et refléter ainsi la Lumière de son divin Fils.
Que la Vierge toute belle nous garde en son cœur dans l’intimité de son Fils, à l’ombre de l’Esprit Saint, pour notre plus grande joie !


Sœur Isabelle de la Mère de Dieu