dimanche 29 décembre 2019

La réalité du monde invisible



"Il y a deux mondes, « le visible et l’invisible », selon l’expression du Credo – le monde que nous voyons, et le monde que nous ne voyons pas ; et le monde que nous ne voyons pas existe aussi réellement que le monde que nous pouvons voir. Le monde que nous voyons, nous savons qu’il existe parce que nous le voyons. Nous n’avons qu’à lever les yeux et regarder autour de nous pour en avoir la preuve ; nos yeux nous le disent […] Il n’en est pas moins vrai qu’en dépit de ce monde universel que nous voyons, il y a un autre monde qui s’étend en quelque sorte tout à fait au loin, qui nous est pour ainsi dire tout à fait fermé et qui est très extraordinaire ; un autre monde qui s’étend tout autour de nous, quoique nous ne le voyons pas, et qui est plus étonnant que le monde que nous voyons, pour cette raison, à défaut d’autre, qu’il échappe à nos regards […] Avant tout, il y a Celui qui est au-dessus de toutes choses, qui les a toutes crées, devant qui elles sont comme si elles n’étaient pas, et avec qui rien ne peut entrer en comparaison […] D’où il résulte que les choses que nous voyons ne sont qu’une partie, et une partie secondaire, des êtres qui sont autour de nous, ne serait-ce que pour la simple raison que le Dieu tout-puissant, l’Être des êtres, n’en fait pas partie, mais se trouve parmi les choses qu’on ne voit pas. 

Une fois, et une fois seulement pendant trente-trois ans, il a
bien voulu devenir l’un des êtres que nous voyons, lorsque Lui, qui était la seconde personne de la Toujours bénie Trinité, naquit, par une miséricorde qui n’a pas de nom, de la Vierge Marie, dans ce monde sensible. Alors on Le vit, on L’entendit, on Le toucha. Il mangea, Il but, Il dormit, Il conversa, alla et vint, et agit comme les autres hommes. Mais, à l’exception de cette courte période, sa présence n’a jamais été perceptible. Jamais Il ne nous a donné de preuves sensibles de son existence. Il vint, puis se retira derrière le voile, et, pour chacun de nous individuellement, il est comme s’Il ne s’était jamais montré. Nous avons une expérience aussi faible que possible de sa présence. Et pourtant Il vit éternellement. 

[…] Les hommes se croient les maîtres du monde et capables de faire ce qu’ils veulent. Ils considèrent que cette terre est leur propriété, et que tout ce qui s’y fait dépend d’eux, alors qu’il s’y trouve d’autres maîtres qu’eux, et qu’elle est le théâtre d’un conflit beaucoup plus tragique qu’ils ne sont capables de le concevoir. Elle renferme ces humbles créatures du Christ qu’ils méprisent et ces anges auxquels ils ne croient pas : et ceux-ci, finalement, en prendront possession et se manifesteront. Maintenant toutes choses, apparemment, continuent à être ce qu’elles étaient depuis le commencement de la création, et les railleurs demandent : où est donc la promesse de sa venue ? Mais, au temps fixé, il y aura une manifestation des enfants de Dieu, et les saints cachés brilleront comme des soleils dans le royaume de leur Père. Quand les anges apparurent aux bergers, leur apparition fut soudaine. Soudain, dit le texte, apparut avec l’ange une multitude d’esprits célestes. L’étrange vision en vérité ! Jusqu’à ce moment pourtant la nuit où cela se passa n’avait pas différé d’une autre nuit ; les bergers gardaient leurs troupeaux ; ils attendaient que la nuit fut passée ; les étoiles scintillaient – c’était minuit. Ils n’avaient aucune idée d’un tel prodige, quand les anges se montrèrent. Tant il y a de puissance et de vertu cachées dans les choses qu’on ne voit pas et qui se manifesteront quand Dieu le voudra … Elles se manifesteront définitivement quand le Christ reviendra au dernier jour dans la gloire de son Père avec ses saints anges. Alors ce monde disparaîtra, et l’autre resplendira. 

[…] Aussi disons-nous chaque jour « que votre règne arrive », ce qui veut dire : ô Seigneur, montrez-vous, manifestez-vous, vous qui êtes assis au milieu des chérubins, montrez-vous ; déployez votre force et venez nous aider. La terre que nous voyons ne nous satisfait pas ; ce n’est qu’un commencement ; ce n’est qu’une promesse d’un au-delà ; même dans sa plus grande joie, quand elle se couvre de toutes ses fleurs et qu’elle montre tous ses trésors cachés de la manière la plus attirante, même cela ne nous suffit pas. Nous savons qu’il y a en elle beaucoup plus de choses que nous n’en voyons. Un monde de saints et d’anges, un monde glorieux, le palais de Dieu, la montagne du Seigneur des armées, la Jérusalem céleste, le trône de Dieu et du Christ, toutes ces merveilles, éternelles, toutes précieuses, mystérieuses et incompréhensibles, se cachent derrière ce que nous voyons. Ce que nous voyons n’est que l’écorce extérieure d’un royaume éternel ; et c’est sur ce royaume que nous fixons les yeux de notre foi. Montrez-vous, ô Seigneur, comme au temps de votre nativité, où les anges visitèrent les bergers ; que votre gloire s’épanouisse comme les fleurs et le feuillage sur les arbres ; changez par votre toute-puissance ce monde visible en cet autre monde plus divin que nous ne voyons pas encore ; détruisez ce que nous voyons afin qu’il passe et se transforme en ce que nous croyons. Si brillant que soit le soleil,et le ciel, et les nuages, si verdoyants que soient les feuilles et les champs, si doux que soit le chant des oiseaux, nous savons que tout n’est pas là, et nous ne prendrons pas la partie pour le tout. Ces choses procèdent d’un centre d’amour et de bonté qui est Dieu lui-même ; mais elles ne sont pas sa plénitude. Elles parlent du ciel, mais elles ne sont pas le ciel ; elles ne sont, en quelque sorte, que des rayons égarés et une faible réflexion de son image ; elles ne sont que des miettes de la table. Nous attendons la venue du jour de Dieu où tout le monde extérieur, si brillant qu’il soit, périra ; où les cieux s’embraseront, où la terre se dissoudra. Nous pourrons en supporter la perte, car nous savons que ce ne sera que la suppression d’un voile. Nous savons qu’écarter le monde visible sera manifester le monde invisible. Nous savons que ce que nous voyons est comme un écran qui nos cache Dieu et le Christ et ses saints et ses anges. Et nous prions ardemment pour la dissolution de tout ce que nous voyons, parce que nous languissons après ce que nous ne voyons pas.

 JOHN HENRY NEWMAN (1801-1890)
The invisible World. Parochial and plain sermons, vol. IV, sermon 1. Trad. Henri Brémond.

dimanche 6 octobre 2019

Marie, modèle de l'évangélisation


Magnificat !

Chers amis,
 
En cette année 2019, nous cheminons avec notre diocèse, à la suite de notre Saint Patron Etienne, sur la route de la mission, de l’annonce de Jésus Christ, manifestation de la tendresse du Père pour tous les hommes. Certes, nous pouvons prier ardemment pour que nous annoncions Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie comme Saint Etienne, en étant « remplis de grâce et de puissance (et en) opérant de grands prodiges et des signes parmi le peuple » (Actes 6,8) ! Dieu peut susciter encore aujourd’hui des ʺSaint Etienneʺ et des ʺSaint Paulʺ ! 

Cependant si cela nous semble hors de portée (et de fait ce n’est pas nous qui pouvons nous envoyer nous-mêmes pour une telle mission, c’est l’Esprit Saint qui le fera) il nous reste à contempler, comme premier modèle de l’évangélisation, Marie. En effet, avant d’annoncer la Parole il faut la recevoir dans un cœur qui écoute et Marie est le modèle du cœur qui écoute, elle s’est faite toute enseignable afin d’apprendre tout du Verbe fait chair en elle, elle s’est mise à l’école de son Cœur aimant, de sa Sagesse éternelle pétrie d’humilité et de fidélité au Père, elle a fait sienne ses sentiments de pasteur bouleversé par l’égarement et la perte des brebis esseulées. Elle s’est laissée transformer par Celui qu’elle aimait plus que tout jusqu’à devenir sa ressemblance, en même temps que son temple. Sans cette union au Bien-Aimé qu’aurait-elle pu annoncer ? C’est à l’intime du cœur que naît l’élan de l’évangélisation et, avant d’être parole, il est habitation. Marie, par son Fiat, a laissé Jésus faire sa demeure en elle de telle sorte qu’elle n’annonce jamais que lui ; Elle est ce silence qui porte la Parole, cette transparence qui laisse voir Celui qui est plus grand qu’elle et qui veut rayonner à travers elle. Et ainsi nous apprenons de Marie que la mission est d’abord affaire d’intériorité, transformation de soi par et en Dieu, manifestation du trésor intérieur qu’on porte comme en de pauvres vases d’argiles pour le donner humblement au monde. 

Certes l’évangélisation est parole aussi, mais cette parole ne portera du fruit que dans l’enracinement du recueillement et de la prière. Marie a parlé, lors de sa visite chez Élisabeth, et sa parole s’est faite chant et louange car ce qui sort de la bouche est ce qui déborde du cœur. Et le cœur de Marie débordait d’une telle gratitude, d’un tel émerveillement qu’elle n’a pu que proclamer les merveilles du Seigneur qui « se souvient de sa miséricorde, élève les humbles, comble les affamés » (Magnificat) et visite son peuple pour le sauver de ses égarements. Sa parole est prière, louange, exaltation du Dieu Très-Haut, annonce des hauts faits de Dieu ; Sa parole est évangélisation dans la puissance de l’Esprit d’amour qui la porte et la comble de joie surnaturelle. Car n’est-ce pas la joie que nous avons à annoncer ? Jésus n’est-il pas la joie pure, celle que personne ne pourra nous ravir au milieu de « cette vallée de larmes » ?! Celle qui nous rend rayonnant de sa Lumière ? Car Jésus n’est pas seulement « la Voie, la vérité et la Vie », il est « la lumière du monde ». Marie portait la Parole, Marie portait la Lumière et elle en était toute rayonnante. Fécondité immense du Oui de Marie qui engendre Dieu en ce monde et qui le donne à voir ! Et en cela Marie est l’étoile de la Nouvelle Evangélisation, celle qui montre à l’Eglise et à chacun de nous la route de l’annonce joyeuse du Christ Sauveur. Cette annonce trouve sa source en un accueil (celui de la grâce, celui du Verbe incarné…) et sa modalité d’expression en un rayonnement : Marie aurait pu dire avec Sainte Elisabeth de la Trinité :
« 
Ô mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre cœur; je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer...jusqu'à en mourir! Mais je sens mon impuissance et je Vous demande de me revêtir de Vous-même, d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre Âme; de me submerger, de m'envahir, de Vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre Vie. »

Je ne résiste pas à la joie de vous partager cette autre prière admirable d’un grand amant du Christ, qui, par sa science de Dieu et son amour des âmes, a porté tant de beaux fruits dans l’Eglise : le Cardinal Newman. Lui aussi percevait combien le plus important était ce rayonnement de la lumière et de la charité du Christ en lui et à travers lui, car il ne voulait rien donner de lui aux âmes mais tout de Dieu, comme tous les saints. Devenir ce plus petit qui porte le plus grand, devenir cette transparence qui donne à voir l’invisible du monde surnaturel, devenir ce tabernacle saint où les hommes puissent venir puiser la manne céleste, la présence même du Dieu vivant demeurant dans le cœur d’un homme. C’est là notre vocation à tous…. Laissons les mots du Cardinal Newman nous façonner à l’intime du cœur :
« 
O mon Dieu (…) c’est toi que je veux (…) Brille sur moi O Feu toujours ardent et jamais déficient et je commencerai, à travers et dans ta Lumière, à voir la Lumière, et à te reconnaître véritablement comme la Source de la Lumière (…). Demeure avec moi, et je commencerai alors à briller comme toi tu brilles : à briller de manière à être une lumière pour les autres. La lumière, O Jésus, émanera entièrement de toi. Nul rayon, nul mérite ne sera mien. C’est toi qui rayonneras, à travers moi, sur les autres. Oh laisse-moi te louer ainsi, de la manière que tu préfères, en rayonnant sur tous ceux qui m’entourent. Illumine-les en même temps que moi ; illumine-les avec moi, à travers moi. Apprends-moi à montrer aux autres ta louange, ta vérité, ta volonté. Fais que je prêche sans prêcher, non en paroles, mais par l’exemple et par la force contagieuse, par l’influence sympathique de mes actes, par ma ressemblance visible à tes saints, et par la plénitude évidente de l’amour que te porte mon cœur ». 
Amen ? Amen !!! 

 Sr Isabelle de la Mère de Dieu

mercredi 22 août 2018

Août: le mois de la lumière et de la gloire.


Magnificat !
Le 22 août 2018, fête de Marie Reine

Chers amis,
Le mois d’août est le mois de la lumière et de la gloire : du mystère de la Transfiguration du Seigneur, le 6 août, à l’Assomption de Marie dans la gloire du Ciel, le 15, jusqu’à son couronnement le 22, nous baignons dans une atmosphère céleste et toute divine … et cela nous fait du bien ! Nous avons en effet besoin de nous immerger dans cette lumière pour ne pas être pris de nausée devant tant d’évènements du monde, tant de difficultés qui portent la marque des ténèbres. Cette trouée lumineuse du mois d’août est comme une anticipation de notre avenir surnaturel et il est bon de s’y ouvrir dès maintenant, d’en avoir soif, de désirer cette gloire qui est l’atmosphère la plus propice pour notre âme, l’oxygène de notre vie spirituelle. Et plus nous nous y ouvrirons par la prière désirante, l’adoration, la rumination amoureuse de la Parole de Dieu, la contemplation des icônes qui rendent visibles le Royaume de Lumière, plus alors nous permettrons au Ciel de descendre sur la terre, d’habiter nos cœurs, de les transfigurer et de rendre Dieu présent dans ce monde.

 Bernard Frinking, théologien orthodoxe évoquant la Transfiguration disait :
« Nous sommes, dans ce monde, de plus en plus envahis par les ténèbres, par l’angoisse de la mort. Les jeunes, les enfants, sont de plus en plus angoissés de ce que contient le monde, de toutes les menaces qui pèsent de plus en plus sur leur avenir. Les enfants connaissent la misère du monde par tous les pores de leur être.
Ce n’est pas cela que nous devons montrer, mais la Lumière, des êtres transfigurés, la paix et l’harmonie du Royaume. Il est important qu’ils puissent voir que la Lumière existe, qu’il y a des êtres qui en vivent et témoignent de la joie du pardon, de la miséricorde, du Salut, de la Transfiguration. (…) La Lumière est une réalité pour ceux qui en vivent, elle chasse toutes les ténèbres. Il faut apporter la Lumière aux enfants, aux vieillards, à tous les hommes.

Rappelons à tous le Royaume de Lumière !
 Il n’est pas besoin d’apporter aux hommes le désarroi. Ils sont très au courant. Répéter les misères du monde, le monde s’en charge lui-même. Le démon ne cesse de nous répéter : ʺ vous êtes foutus, vous êtes tous perdus ! Il n’y a pas de Dieu, vous l’avez fabriqué vous-mêmes…. ʺ.
 Nous devons affirmer la Lumière, l’existence du Dieu qui nous aime avec tendresse, la réalité de la Transfiguration.
Nous avons à crier tous les jours :
Christ est ressuscité ! A ne pas nous laisser berner par ceux qui nous disent le contraire. A crier face au monde : Christ est ressuscité, par sa mort, il a vaincu la mort ! A ceux qui sont dans les tombeaux, il a donné la Vie ! »

On dit bien que NOUS DEVENONS CE QUE NOUS CONTEMPLONS. Sans doute devrions-nous nous rappeler plus souvent cet adage. Combien d’heures à regarder par la télévision ou internet les tristesses du monde, les turpitudes des uns et des autres… ? Et combien d’heures à se laisse fasciner par la beauté du Christ, la douceur du visage de notre Mère Marie ? Nous devenons ce que nous contemplons : Si nous voulons devenir Lumière, il nous faut nous tourner vers Celui qui a dit : « je suis la Lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie » (Jn 8,12). Mais peut-être l’éclat de ses yeux est-il trop fort pour nous ? Alors passons par la contemplation plus douce -car plus proportionnée à la faiblesse de notre âme- de sa très douce Mère, notre Maman du Ciel. On compare souvent la Vierge Marie à la lune : la lune n’éclaire pas par elle-même mais elle reçoit la lumière du soleil qu’elle reflète ensuite sur la terre. Marie « belle comme la lune » (Ct 6,10) reflète sur nous l’éclat de la Lumière du « Soleil de justice » (Ml 4,2), le Christ, et alors nous pouvons dire avec le psalmiste :
 « J'avais dit : « Les ténèbres m'écrasent ! » mais la nuit devient lumière autour de moi.
Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière !
 » (Ps 138 11-12)

Marie nous a été donnée pour nous habituer à contempler les clartés du Ciel, à nous laisser enivrer par les parfums du Paradis, à nous enfanter à la vie divine. C’est pourquoi la fête de l’Assomption et celle de sa royauté nous donnent d’exulter car, « Marie élevée dans la gloire du ciel brille comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le peuple de Dieu en pèlerinage » (Concile Vatican II, LG 68). C’est une espérance pour l’être humain dans sa totalité. La chair aussi est sauvée. Elle sera délivrée des pesanteurs de la matière terrestre et transfigurée à l’image du Christ en participant à la gloire de Dieu. Cette espérance est digne de foi, parce que Jésus- Christ a été ressuscité des morts. Il est le principe et le fondement de notre espérance. En Marie, nous voyons clairement comment cette espérance se réalisera pour chacun d’entre nous, en amenant à sa perfection l’être humain tout entier. 

La transfiguration n’est donc pas seulement un mystère du Christ mais notre avenir,  et Marie qui elle-même s’est laissée toute illuminer par son Fils jusqu’à pouvoir dire à la suite de St Paul « ce n’est plus moi qui vit c’est le Christ qui vit en moi » nous entraine dans son sillage, dans cette transformation secrète de notre être ; elle nous enfante à la vraie vie en Dieu pour autant que nous ne la perdions pas de vue ! Car la contempler c’est lui ressembler, c’est laisser sa sainte image s’imprimer en nos cœurs et refléter ainsi la Lumière de son divin Fils.
Que la Vierge toute belle nous garde en son cœur dans l’intimité de son Fils, à l’ombre de l’Esprit Saint, pour notre plus grande joie !


Sœur Isabelle de la Mère de Dieu




samedi 6 janvier 2018

Eloge de l'abandon !


Pour cette nouvelle année 2018, que pourrions-nous nous souhaiter si ce n'est d'être totalement docile à la volonté du Père et de nous laisser guider par lui, selon son bon plaisir ? N'est-ce pas là le secret de la paix intérieure et de la joie qui en découle ?
 Certes les évènements peuvent être difficiles, douloureux (et ce serait se faire illusion que de croire que "tout ira bien" en cette nouvelle année par la seule magie d'une année de plus) mais notre espérance est théologale et donc plus haute et plus forte que les illusions et les désillusions de ce monde. Et pour nous situer à ce niveau, le seul où nous ne saurions être déçus (Puisque , comme nous le rappelle St Paul: "l'espérance ne déçoit pas" Rom 5,5), il n'est pas de plus sûr moyen que de se livrer à l'Amour, dans un esprit d'enfance qui fait confiance, "qui croit tout, espère tout" (1 Co 13,7), tel un petit enfant abandonné sur le coeur de sa mère. Et non seulement nous serons heureux mais en plus nous marcherons sans même nous en apercevoir sur la route de la sainteté, laissant Dieu nous conduire là où il nous veut et comme il nous veut.
Docilité, docilité, docilité.... comme l'argile dans les mains du potier !

Monseigneur Charles Gay nous évoque avec bonheur ce saint abandon:
" Dans ce ciel des vertus qui est le divin amour, il y a trois degrés, trois états de l’amour, et, pour ainsi parler, trois cieux. Il y a l’amour pur et simple qui aime Dieu par dessus toutes choses et le prochain pour l’amour de Dieu ; au-dessus il y a l’amour qui souffre et qui aime à souffrir ; plus haut enfin, il y a l’amour qui n’aime absolument plus rien, si ce n’est le bon plaisir du bien-aimé, et qui, saintement indifférent à tout le reste, s’abandonne tout entier à Dieu pour souffrir ou pour jouir, pour vivre ou pour mourir, pour être quelque chose ou pour n’être rien… C’est de ce troisième ciel qu’est parti Jésus-Christ. En effet, que dit-il en faisant son entrée dans le monde ? « Me voici, je viens pour faire votre volonté. » Quoi pourtant ! ne vient-il pas prêcher, travailler, souffrir, mourir, vaincre l’enfer, fonder l’Eglise et sauver le monde par sa croix ? Mais s’il veut tout cela, c’est que telle est l’éternelle volonté de son Père. C’est cette volonté seule qui le touche et le décide. Voyant tout le reste, c’est elle seule pourtant qu’il regarde ; c’est d’elle seule qu’il parle, et d’elle seule qu’il prétend dépendre.(...) Il s’y pose donc, il s’y réduit, il s’y enferme ; et faisant plus tard tant de choses, des choses si relevées, si inouïes, si surhumaines, il ne fera jamais que cette chose très simple, en laquelle nos petits enfants sont capables de l’imiter : il fera la volonté du Père céleste, il s’y livrera sans réserve et y vivra tout abandonné…

Nous parlons d’abandon...(...) L’acte doux, plein, vivant, ineffable qu’il signifie, n’est-il pas en effet (...) l’acte suprême, l’acte décisif de l’amour ? S’abandonner, c’est plus que se donner. Jésus s’est donné dans l’Incarnation ; il s’est abandonné dans sa Passion ; il reste abandonné dans l’Eucharistie. Aussi la croix et l’autel (...) sont le dernier mot de l’amour de Jésus.

S’abandonner, c’est se renoncer, se quitter, s’aliéner, se perdre, et tout ensemble se livrer sans mesure, sans réserve, et presque sans regard, à celui qui doit posséder. S’abandonner, c’est s’écouler. Vous savez ce que dit l’Epouse des Cantiques : « Mon âme s’est liquéfiée, dès que mon bien-aimé a parlé. » (Cant 5, 6) Ce qui est liquide n’a plus de forme par soi-même. La forme d’une liqueur, c’est le vase qui la contient : mettez-la dans dix vases différents, elle y prend dix formes différentes, et elle les prend dès qu’elle y est versée. Telle est l’âme qui s’abandonne : elle fond en eau sous la parole de Dieu (...). 
…Dirai-je le dernier nom de ce bienheureux et sublime état ? C’est la vie des enfants de Dieu, c’est la sainte enfance spirituelle. Oh! que cela est parfait ! plus parfait que l’amour des souffrances ; car rien n’immole tant l’homme que d’être sincèrement et paisiblement petit. L’orgueil est le premier des péchés capitaux : c’est le fond de toute concupiscence, et l’essence du venin que l’ancien serpent a coulé dans le monde. L’esprit d’enfance le tue bien plus sûrement que l’esprit de pénitence. L’homme se retrouve aisément quand il lutte avec la douleur ; il peut s’y croire grand, et s’y admirer lui-même ; s’il est vraiment enfant, l’amour-propre est désespéré. L’âpre rocher du calvaire offre encore quelque pâture à la vanité ; si dépouillé qu’il soit, c’est une montagne : à la crèche, tout le vieil homme meurt forcément d’inanition. Or, pressez ce béni mystère de Bethléem, pressez ce fruit de la sainte enfance, vous n’en ferez jamais sortir que l’abandon.
Extrait du chapitre De l’Abandon, de De la Vie et des Vertus chrétiennes.

Saint François de Sales, pour nous faire comprendre tendrement ce qu'est l'abandon utilise l'image de Jésus abandonné dans les bras de sa très douce Mère:
"Si l'on eût demandé au doux Enfant Jésus, étant porté entre les bras de sa Mère, où il allait, n'eût-il pas eu raison de répondre: je ne vais pas, c'est ma Mère qui va pour moi ? (...) Et à qui Lui eût répliqué: Mais au moins vous voulez bien vous laisser porter à votre douce Mère ? - Non (...) mais comme ma toute bonne Mère marche pour moi, aussi elle veut pour moi; je lui laisse également le soin et d'aller pour moi et de vouloir aller pour moi où bon lui semblera; et comme je ne marche que par ses pas, aussi je ne veux que par son vouloir; et dès que je me trouve entre ses bras, je n'ai aucune attention ni à vouloir, ni à ne vouloir pas, laissant tout autre soin à ma Mère, hormis celui d'être sur son sein" (Traité de l'Amour de Dieu, Livre IX, ch 14).

Grâce de l'enfance spirituelle à mendier, toujours, jusqu'à ce qu'elle fasse sa demeure en nous, jusqu'à ce que l'Enfant Jésus lui-même établisse sa demeure en nous pour nous transformer en lui, à la louange de Gloire de notre Père du Ciel !
La petite Thérèse de l'Enfant Jésus l'avait bien compris quand elle répondait à ses soeurs qui lui demandaient ce que signifiait "rester petit enfant devant Dieu": "C'est reconnaître son néant, attendre tout du bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son père; c'est ne s'inquiéter de rien, ne point gagner de fortune. (...) Enfin, c'est ne point se décourager de ses fautes, car les enfants tombent souvent, mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal" ( Derniers entretiens)

Alors voilà mon souhait et mon vœu à nous tous pour cette nouvelle année: que nous rapetissions ! Que nous devenions assez petits pour vivre abandonnés à la volonté de notre très doux Père le laissant vouloir pour nous tout ce qu'il veut ! Et ce qu'il veut c'est tout sauf la mollesse ou une démission intérieure ! Il s'agit seulement d'écouter ce que l'Esprit Saint nous dit et d'entrer dans un profond assentiment du cœur et une profonde correspondance dans l'agir .... pour que surabonde la joie !

Bonne et sainte année à vous !

Sr Isabelle de le Mère de Dieu

vendredi 26 août 2016

La miséricorde du Seigneur, à jamais je la chanterai !



Bien chers amis,

Vous avez déjà tout entendu, et peut-être tout lu, sur la miséricorde ! Mais je ne résiste pas à la joie d’ajouter quelques grains de sel pour relancer notre amour ! 

« Comme la tendresse d’un père pour ses fils, la tendresse du Seigneur » (Ps 103/13)

« J’aurai soin moi-même de mes brebis. Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée, je panserai celle qui est blessée… » (Ez 34/ 11,16)

« Compatissant au faible et au pauvre, il sauvera l’âme des pauvres » (Ps 72/13)

« Jusqu’à toi vient toute chair avec ses œuvres de péché ; nos fautes sont plus fortes que nous, mais toi tu les effaces » (Ps 65/3,4)

« La miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé ; elle entraine les cœurs sur son passage » St Jean-Marie Vianney

« La conversion à Dieu consiste toujours en la découverte de sa miséricorde, de cet amour patient et doux comme l’est Dieu Créateur et Père » St Jean-Paul II

« La conversion du cœur se produit devant la miséricorde de Dieu » St Bernard

« L’amour de Dieu se fait proche de chaque enfant prodigue, de chaque misère. Et celui qui est objet de cette miséricorde ne se sent pas humilié, mais comme retrouvé et revalorisé. »
St Jean-Paul II

« Nul ne peut imposer une limite à l’amour de Dieu qui pardonne » Pape François.

« La miséricorde, c’est l’amour qui vit la misère de l’autre comme si elle était sienne »
P. Bernard Bro

« Il y a dans l’amour divin, dans l’amour qu’est Dieu, un mystère que le péché seul a permis de comprendre » P. Louis Bouyer

« La miséricorde vient du cœur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d’indulgence et de pardon » Pape François

« La miséricorde de Dieu est sans fin. Autant la profondeur du mystère renfermé est insondable, autant la richesse qui en découle est inépuisable » Pape François

« Dieu d’amour montre-nous notre place dans ce monde comme instruments de ton affection pour tous les êtres de cette terre, car aucun n’est oublié de toi » Pape François

« Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la Sainte Trinité. La miséricorde est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. » Pape François

« Marie est celle qui connait le plus à fond le mystère de la miséricorde divine » St Jean-Paul II

Lettre de St François d’Assise à un prêtre qui souffre de la présence de frères pécheurs dans sa communauté : « Qu’il n’y ait aucun frère au monde, qui ait péché autant qu’il est possible de pécher, qui, après avoir vu tes yeux, ne s’en retourne sans ton pardon miséricordieux, s’il a demandé à être pardonné (...). Et même si après cela, il péchait encore mille fois contre toi, aime-le plus encore que tu m’aimes. Et cela pour l’amener au Seigneur. Aie toujours pitié de ces malheureux. »

Comme il est bon de vivre intensément la démarche jubilaire qui nous est offerte jusqu’à la fête du Christ Roi, le 20 novembre !

Commentant la résurrection du fils de la veuve de Naïm (Luc 7/11-17) survenue « près de la porte de Naïm », où Jésus fut saisi de compassion, notre Pape demande aux pèlerins de se souvenir de cette scène en passant la porte de la miséricorde :
« Chacun arrive à la porte sainte en apportant sa vie, avec ses joies et ses souffrances, ses projets et ses échecs, ses doutes et ses craintes, pour les présenter à la miséricorde du Seigneur. Nous sommes certains que, auprès de la porte sainte, le Seigneur se fait proche pour rencontrer chacun de nous, pour apporter et offrir sa puissante parole consolatrice : « ne pleure pas ! »
C’est la porte de la rencontre entre la douleur de l’humanité et la compassion de Dieu.
En franchissant le seuil, nous accomplissons notre pèlerinage dans la miséricorde de Dieu qui (…) répète à tous : « je te le dis, lève-toi »…
Sa parole nous fait revivre, donne l’espérance, redonne confiance aux cœurs las, ouvre à une vision du monde et de la vie qui va au-delà de la souffrance et de la mort…
C’est pourquoi, en nous approchant de la porte de la miséricorde, chacun sait qu’il s’approche de la porte du Cœur miséricordieux de Jésus : c’est Lui en effet qui est la véritable Porte qui conduit au salut et nous restitue à une vie nouvelle
 »

Bonne nouvelle : « Demain la miséricorde de Dieu se lèvera plus tôt que le soleil » !!! (Hymne ancienne)
C’est pourquoi « je veux louer le Seigneur tant que je vis » ! (Ps 146/2)

Sr Anne-Marie